(3) Je me rappelle

Ce soir, au crépuscule, à l’heure où rougit le firmament, je partirai. J’attendrai que le centre géométrique du soleil soit à six dégrées de l’horizon pour m’en aller. Je marcherai sans me retourner, pour ne pas me détourner de mon trajet.  

Très décidée, je me suis dirigée vers le lieu qui ne cesse de m’appeler. Tous ces rêves, les courses folles et les avions ratés, ne signifient qu’une chose. Mon corps ne demande qu’une chose et je ne vais plus résister. Sur le chemin, je rêvasse. Je me souviens de mes aventures passées, lors de mes années universitaires. Je vivais avec deux amies et c’était vraiment la belle époque. Après m’être cloîtrée dans la maison familiale pendant dix-huit ans, j’étais enfin libre. Libre d’être sans complexe, libre d’être spontanée. Comme une colombe, je rayonnais de positivité et j’étais entourée d’énergie joviale. On se promenait sur la Corniche la nuit, libres comme le vent, accompagnées de nos amants. Et c’est là que tout a commencé.

C’est vraiment difficile à expliquer et j’ai tout le temps peur d’être jugée. Les mœurs sociales ne me permettent pas de satisfaire cette envie que j’ai, ni d’en parler ouvertement. Ce n’est pas vraiment une obsession mais quand tout va mal, c’est ce qui me reconnecte avec le plaisir de vivre. Je suis presque arrivée, j’espère qu’on ne me posera pas de lapin. Rien n’est pire que de croire être aux bouts de sa tourmente, pour y être replongé par la déception. Tout ira bien ! Tout ira bien ! A force de le répéter, je le crois. Il semble que je suis la première à arriver et je me promène autour pour tromper mon anxiété. Et si la personne avait oublié le lieu exact du rendez-vous ?

C’est impossible. On y allait assez souvent et pour ne pas être repérés, on devait y aller l’un après l’autre. Ah je me rappelle ! Je me rappelle mon cœur palpitant, à la fois terrifié du regard d’autrui et stimulé par ce qui m’attend. Quand enfin on se retrouve, plus rien ne compte. Le premier toucher est timide, froid mais encourageant. Ensuite, le ciel et l’océan ne font qu’un. Tout devient poétique. Les mystères de la création semblent livrer leurs secrets les mieux gardés. La graine s’unit passionnément à la terre pour donner vie. Flux et reflux. Je laisse la chaleur m’entourer et me perd. Flux et reflux. J’essaie de me retenir, de résister mais les vagues me dominent et je me laisse enfin aller. Je suis faite d’eau et je laisse l’océan me bercer.

Quand j’aperçois cette silhouette que je reconnais tant, je marche d’un pas précis vers notre happy place. Personne ne peut comprendre et je n’ai pas besoin d’expliquer. Ces retrouvailles me remplissent d’énergie et c’est tout ce dont j’avais besoin. On a passé la soirée à se rappeler du passé et à imaginer notre futur, si incertain qu’il soit.  

(2) Je l’ai encore raté

Salamalekum!

D’un air jovial, je salue les femmes assises près du vendeur de fruits. Elles me répondent avec les salamalecs habituels et après cinq minutes, je peux enfin rentrer chez moi. C’est ce qui me manquait vraiment. La chaleur humaine, la familiarité, la constante bonne humeur et le chaud soleil, tout ce qui fait du Sénégal le pays de la Teraanga, mon pays. Je rentre avec un sourire aux lèvres. Je vais préparer le repas du soir et peut-être même une bonne fondue au chocolat. Apparemment, je suis la première à rentrer et ça me donne le temps de préparer une petite surprise. J’ai plein d’idées pour une soirée spéciale. A girl is so sneaky!

Parfois, je me dis que je ne mérite pas la vie que je mène. Je suis entourée de personnes qui m’aiment et me supportent dans tous mes projets. Je ne sais vraiment pas ce que j’ai fait pour aboutir là où je suis. J’ai grandi avec une famille qui m’a toujours aimée et aidée à être moi-même. Je n’étais pas vraiment spéciale. Juste une fille qui voulait bâtir une vie normale. Je n’ai jamais désiré être un héros, mais je ne pouvais pas supporter l’injustice. A un moment, je me suis dit que je pourrais être avocate et défendre ceux qui n’ont pas de voix, surtout les femmes et les enfants. J’avais des amis passionnés qui voulaient changer le monde, devenir président un jour et révolutionner l’Afrique. Je passais des heures à écouter leurs plans d’action, mais je ne pouvais pas me mettre à leur place. Je ne veux pas me faire remarquer. Je veux vivre une vie privée, où je change le monde à mon rythme et à ma manière, loin du regard public.

Notre soirée a dépassé toutes mes attentes. Au chaud dans le lit, je remercie l’univers de m’avoir accordé la vie que j’ai rêvé de mener. Mes paupières s’alourdissent et mon esprit succombe lentement au doux susurrement de Morphée.

Il fait chaud. Je veux dire, trop chaud. J’ouvre les yeux et il est trois heures du matin. Ce bruit. Je tourne pour en localiser la source et saute pour voir qui a l’audace de m’appeler à cette heure. Je décroche. Quel jour est-il ? Une succession événements, encore flous dans ma mémoire, me mène sur la route de l’aéroport. C’est une longue histoire qui se résume à ceci : si la voiture ne roule pas assez vite, je vais rater mon vol. Cette précipitation semble exagérée mais je n’ai qu’une heure pour m’y rendre. Changer mon vol ? Non. J’ai tellement repoussé mon départ qu’aucun vol ne peut m’amener à temps. Oh my God ! Je ne peux pas le rater.

On est enfin arrivés. Heureusement, l’hôtesse qui m’a contactée m’attendait à la porte d’embarquement. Je me pose tant de questions. Comment ai-je fait pour confondre ma date de départ ? C’est peut-être parce que c’était dans la nuit du deux au trois juillet. Je ne sais pas, je ne peux pas savoir. Mais c’est l’un des procès les plus importants de ma carrière, comment… J’aperçois une jeune dame élancée qui gesticule pour que je me dépêche. Arrivée à son niveau, je ne peux qu’admirer sa stature. Son visage me semble familier. Elle me rappelle un des mannequins parfaits d’une grande marque de lingerie. Une de ces femmes qui font rêvasser les hommes, et qui nous vendent l’utopie de leur corps de rêve. Je me sens plus petite que d’habitude. Je recule et me regarde pour ne voir que mon pire cauchemar.

Elle me demande de m’écarter et de la suivre au poste de police. Apparemment, je ne suis pas assez qualifiée pour prendre ce vol. Dans ma confusion, je la suis dans un couloir restreint et dès que j’aperçois l’homme énorme au sourire salace, je m’enfuis. Mais je rêve ou quoi ? C’est quoi ce b**del ? Essayant tant bien que mal de prendre de la distance, je trébuche sur mes talons et me projette vers le sol. L’espace-temps, un vrai mystère. J’ai pris un envol accéléré pour traverser un abysse et enfin atterrir au ralenti, sur mon lit démesuré.

Sans aucune surprise, je me lève. Le même film se déroule dans ma tête chaque nuit. J’ai encore raté l’avion.

(1) Je ne sais pas

Dans ma tête, tout se brouille, souvenirs d’un passé récent tant rebutés et bribes d’un présent intangible. Je ne sais combien de temps s’est écoulé depuis mon enfermement. Je peux néanmoins confirmer que dans mon esprit, une éternité m’a séparée du monde réel. C’est comme si le temps s’était infiniment dilaté ou l’espace s’était drastiquement contracté pour extrapoler mon confinement. Je ne sais pas, je n’ai aucun moyen de savoir.

Mes oreilles se sont anesthésiées pour ne pas à subir la torture du monde autour, avec ces petits bruits qui moquent mon mutisme. A qui parler ? Personne n’est autour de moi pour m’enlever ce bâillon que j’ai depuis ce jour-là, le jour où tout a changé. J’ai envie de hurler depuis des jours, ou bien des semaines. Je ne sais pas, je ne peux pas savoir.

Rien autour de moi ne semble vouloir m’aider. Je suis seule, muette, incapable et perdue. Qui peut me faire sortir de ce trou ? Où est donc cette solidarité humaine quand tu en as le plus besoin ? Mes pensées ne font qu’accentuer ma soif. Je me demande s’il y a de l’eau dans mon corps. Peut-être que je suis déjà morte et asséchée. Soif ! Il me faut de l’eau maintenant. Je n’en peux plus.

Les bruits reviennent. Il faut les taire mais ils s’amplifient et je crie. Au secours ! Je cours autour de ce monde à la recherche d’eau, de vie. A l’aide ! Je vais mourir ! Tant de monde, ils ne m’écoutent pas. Je hurle encore et encore mais je n’entends pas l’écho de ma voix. Je dois sortir d’ici, trouver de l’eau, de la vie. Dans ma course folle, je trébuche sur une masse. Avant d’avoir le temps de voir ce qui m’arrivait, je suis propulsée vers l’obscurité, le chemin qui m’est destiné, là où j’appartiens. Personne ne peut m’aider, j’ai dépassé l’horizon du trou noir et tout échappatoire est impossible. Je ferme les yeux en guise de résignation. Que les mystères de l’espace-temps absorbent tout mon être. Je m’endors paisiblement, sans crainte de l’inconnu et soudain, la lumière. Je suis de nouveau consciente, dans ma chambre. Ma chambre !

J’ouvre finalement les yeux, grognant un peu, juste pour vérifier que ma voix était bien là. En me retournant, je remarque la grande dimension de mon lit et me roule en boule sous la couette. Le froid me pénètre malgré tout, donc je me résous à me lever pour me préparer.  

[FR] J’ai gagné la guerre…

Tu crois que je ne sais pas ce que tu essaies de faire? Tu veux gommer mon sourire, effacer mes souvenirs et m’empêcher de vivre. Je ne t’ai jamais invité dans ma vie mais en si peu de temps, tu as envahi mon territoire. Tu m’accules et me tortures mais je veux que tu saches que je n’ai pas peur. Tu veux me tuer avant ma mort mais je ne te laisserai guère faire.
Je ne veux pas être un mort-vivant: physiquement présent mais mort depuis longtemps. Pour être honnête, je sais que tu es plus fort et plus “badass” que moi. Par moments, je veux déposer les armes et signer l’armistice parce que je suis fatiguée. Mes moments de faiblesse semblent te calmer un peu et, quand je pense qu’enfin tu me laisses vivre, tu reviens avec une violence décuplée.

N’as-tu jamais pitié? Je sais que je suis fière mais devant toi, je plierais genou juste pour respirer. Je ne le fais pas parce que j’ai peur de toi. La seule raison que j’ai de me rabaisser devant toi est l’amour que j’ai pour ma famille et mes amis. Pour eux, je suis prête à te supplier de me pardonner, d’avoir pitié de moi. Ces moments de faiblesse ne sont que temporaires, heureusement. Cohabiter avec toi m’a bien appris que tu n’as pas de cœur ou de sentiment, et c’est pour cela que tu prends celui des autres.
Tu ne connais pas ce qu’est la douleur, et pourtant tu l’infliges gratuitement. Parfois, je me demande ce que j’ai bien pu te faire mais je me rappelle que je ne suis pas ta seule victime. Tu choisis par tes propres critères et t’impose.
Tu ne me connais pas. Tu as beau coloniser mon espace, tu ne sais pas qui je suis. Aujourd’hui, au crépuscule de mon existence, je vais te dire tout ce que tu m’as volé. Tu as commencé par la vie que j’ai construite pendant des années. Tu m’as défendue de travailler et j’ai accepté parce que je n’avais pas le choix. Mon temps ne m’appartient plus à cause de toi. Tu m’as volé mon innocence et ma sensibilité que je ne retrouverai plus jamais. La douleur a remplacé ma douceur, affaiblie par tant de batailles. Tout ce que tu m’as pris a changé ma vie, mais je ne te laisserai jamais me prendre ni mon courage, ni ceux que j’aime. Pour leur amour, je me suis battue et maintenant que je vois le bout du tunnel, je suis plus déterminée à te prouver que gagner quinze batailles ne veut pas dire gagner la guerre. Tu n’as jamais pu extirper ma joie de vivre, mon humanité et mon espoir.
Cancer, après chaque séance de chimio, je sens mon essence vitale me quitter peu à peu. C’est dévastant mais je m’accroche. Et même si je sens la mort me guetter chaque jour, je m’accroche à la vie. J’essaie de me consoler du fait que tôt ou tard, je partirai. Et que ce soit par ta conquête dévastatrice de mes tissus mammaire, nerveux, ovarien, et de mon corps, ou par une autre circonstance, je sais que Seul le Créateur donne vie et mort. Tu étais une épreuve de ma vie, et je suis fière de t’avoir tenu tête et de m’être battue pour la vie et l’amour.
Cancer, je t’ai laissé gagner cette grande bataille mais tant qu’il y a vie, il y a espoir. Espoir qu’un jour, tous ceux qui se battent pour t’exterminer, qu’ils soient souffrants ou non, s’unissent et te montrent que tu n’es pas invincible. Un jour viendra où tu riras moins de la douleur que tu infliges.

Hommage à tous ceux qui ont combattu le cancer et à ceux qui le font jusqu’à présent. A ces femmes qui souffrent de cancer du sein.
J’ai le plus grand respect pour votre bravoure et pour ce sourire qui ne quitte pas vos lèvres malgré la douleur. 

                                                                                                                 En cet Octobre Rose,
                                                                                                       Fatou Baka Diop

Wedding vows

Would you marry IB?For two years, we’ve complained about the International Baccalaureate not because it’s a bad program- it has really good approaches to education- but because of the stress coming with it. At the end it was great, but in the process, you just want to end it. I wrote this piece at the start of the REAL final exams that ended on the 18th of May.

 
As I stand here before you, looking into your eyes,
I see all of the things I fell in love with.
As I stand here before you, my heart beating so strongly,
I find myself so lost for the right answers to give.
As I stand here before you, this paper in my hand,
It makes me remember every night I haven’t slept,
Every time I made it through, right before the deadline
And every restful moment that never happened.
I give you this paper, my pen, my brain;
I give you everything I am today as I stand before you.
I promise to pass you, succeed you, be with you
and cherish every assessment.
With this paper, let it be known I chose you,
Let it be known that, with this paper, I promise to be with you
for all tragedies, ’til May the 18th do us part. 
                                 Your eternal lover,

 
                                     Fatou B.

[FR] Pression et Passion

 
On a tous des rêves, des fantaisies. Mais le plus souvent on se dit que nos ambitions sont d’inaccessibles envies. A un moment, j’ai décidé de ne plus regarder les immeubles de haut mais de prendre une bouteille d’eau et m’armer de courage pour gravir les escaliers de mes passions. En chemin, j’ai le vertige, je suis essoufflée, je veux abandonner mais je ne pas retourner au rez-de-chaussée alors je continue…
 
L’arbre résiste le vent,
Il se tord mais ne rompt guère,
Même contre la tempête, il tient
Debout et fier.
 
Le tronc robuste,
L’écorce dure mais majestueuse
Qui contraste les feuilles ensoleillées,
L’arbre est jeune et beau.
 
Contre vent et soleil ardent,
Dans son ombre je veux me réfugier,
Qu’il me protège et me couve,
Ses branches tendues me couvrant.
 
Je veux les voix mielleuses,
Celles de ces oiseaux,
Ceux-là même à qui il sert de niche,
Que leurs chants bercent mon ouïe.
 
Abaisse-toi et parle-moi,
Que ta résistance ne voile pas ton cœur,
Je veux que tu me racontes ton histoire,
Que tu me dises qui tu es.
 
Je vais te faire fléchir, toi si fier
Pire que vent et tempête,
Dans tous les sens je te tournerai,
Et là, tu verras une fleur déraciner un baobab.
 
Fatou Baka
 

[FR] L’amour de la vie

le cycle de la vie
Life is too short not to live it now, it’s also too long to spend it waiting for joy to come. It goes as it comes and we shall live and learn ;).
A poem in French.
A l’aube des espoirs, je vois la mère,
La maman qui supporte les caprices de son petit bout,
Elle qui apprend à son enfant à marcher,
A son garçon à bien se comporter, à sa fille à pardonner,
Celle-là même dont le plus beau jour est le zénith de leur succès.
A midi, sur l’herbe, j’entends des gloussements,
Des murmures qui ne peuvent venir que de conversations d’amies,
Ne parlant que d’amitié et d’amour, des filles jeunes et jolies,
Elles croquent bien la vie tant qu’il est temps,
Temps de profiter de leur jeunesse, avant de perdre leur innocence.
Au crépuscule, sous l’orangée du ciel, je goûte le merveilleux
Le délicieux goût de romance, parfois d’amer chagrin,
C’est un cocktail fort, mais si attrayant que les amants le boivent d’un seul trait
Aveuglés l’un par l’autre et saouls de passion, ils s’enlacent et ne font qu’un
Certains se quittent pour toujours, d’autres restent ensemble à jamais.
Dans la nuit noire, admirant la beauté de la vue, j’écoute mon vieil ami,
Comme si je le voyais pour la première fois, je le scrute sans honte,
Son visage est une mer houleuse, et sa barbe comme la lune qui brille,
Sa bouche bougeant lentement, j’absorbe la mélodie de ses mots, l’écho de l’histoire qu’il raconte,
C’est l’histoire de cette mère, de ces amies et de ces amoureux, son histoire.
Une histoire qui parle d’une vie bientôt finie mais d’un amour immortel.
Fatou Baka