Salamalekum!
D’un air jovial, je salue les femmes assises près du vendeur de fruits. Elles me répondent avec les salamalecs habituels et après cinq minutes, je peux enfin rentrer chez moi. C’est ce qui me manquait vraiment. La chaleur humaine, la familiarité, la constante bonne humeur et le chaud soleil, tout ce qui fait du Sénégal le pays de la Teraanga, mon pays. Je rentre avec un sourire aux lèvres. Je vais préparer le repas du soir et peut-être même une bonne fondue au chocolat. Apparemment, je suis la première à rentrer et ça me donne le temps de préparer une petite surprise. J’ai plein d’idées pour une soirée spéciale. A girl is so sneaky!
Parfois, je me dis que je ne mérite pas la vie que je mène. Je suis entourée de personnes qui m’aiment et me supportent dans tous mes projets. Je ne sais vraiment pas ce que j’ai fait pour aboutir là où je suis. J’ai grandi avec une famille qui m’a toujours aimée et aidée à être moi-même. Je n’étais pas vraiment spéciale. Juste une fille qui voulait bâtir une vie normale. Je n’ai jamais désiré être un héros, mais je ne pouvais pas supporter l’injustice. A un moment, je me suis dit que je pourrais être avocate et défendre ceux qui n’ont pas de voix, surtout les femmes et les enfants. J’avais des amis passionnés qui voulaient changer le monde, devenir président un jour et révolutionner l’Afrique. Je passais des heures à écouter leurs plans d’action, mais je ne pouvais pas me mettre à leur place. Je ne veux pas me faire remarquer. Je veux vivre une vie privée, où je change le monde à mon rythme et à ma manière, loin du regard public.
Notre soirée a dépassé toutes mes attentes. Au chaud dans le lit, je remercie l’univers de m’avoir accordé la vie que j’ai rêvé de mener. Mes paupières s’alourdissent et mon esprit succombe lentement au doux susurrement de Morphée.
Il fait chaud. Je veux dire, trop chaud. J’ouvre les yeux et il est trois heures du matin. Ce bruit. Je tourne pour en localiser la source et saute pour voir qui a l’audace de m’appeler à cette heure. Je décroche. Quel jour est-il ? Une succession événements, encore flous dans ma mémoire, me mène sur la route de l’aéroport. C’est une longue histoire qui se résume à ceci : si la voiture ne roule pas assez vite, je vais rater mon vol. Cette précipitation semble exagérée mais je n’ai qu’une heure pour m’y rendre. Changer mon vol ? Non. J’ai tellement repoussé mon départ qu’aucun vol ne peut m’amener à temps. Oh my God ! Je ne peux pas le rater.
On est enfin arrivés. Heureusement, l’hôtesse qui m’a contactée m’attendait à la porte d’embarquement. Je me pose tant de questions. Comment ai-je fait pour confondre ma date de départ ? C’est peut-être parce que c’était dans la nuit du deux au trois juillet. Je ne sais pas, je ne peux pas savoir. Mais c’est l’un des procès les plus importants de ma carrière, comment… J’aperçois une jeune dame élancée qui gesticule pour que je me dépêche. Arrivée à son niveau, je ne peux qu’admirer sa stature. Son visage me semble familier. Elle me rappelle un des mannequins parfaits d’une grande marque de lingerie. Une de ces femmes qui font rêvasser les hommes, et qui nous vendent l’utopie de leur corps de rêve. Je me sens plus petite que d’habitude. Je recule et me regarde pour ne voir que mon pire cauchemar.
Elle me demande de m’écarter et de la suivre au poste de police. Apparemment, je ne suis pas assez qualifiée pour prendre ce vol. Dans ma confusion, je la suis dans un couloir restreint et dès que j’aperçois l’homme énorme au sourire salace, je m’enfuis. Mais je rêve ou quoi ? C’est quoi ce b**del ? Essayant tant bien que mal de prendre de la distance, je trébuche sur mes talons et me projette vers le sol. L’espace-temps, un vrai mystère. J’ai pris un envol accéléré pour traverser un abysse et enfin atterrir au ralenti, sur mon lit démesuré.
Sans aucune surprise, je me lève. Le même film se déroule dans ma tête chaque nuit. J’ai encore raté l’avion.


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