Dans ma tête, tout se brouille, souvenirs d’un passé récent tant rebutés et bribes d’un présent intangible. Je ne sais combien de temps s’est écoulé depuis mon enfermement. Je peux néanmoins confirmer que dans mon esprit, une éternité m’a séparée du monde réel. C’est comme si le temps s’était infiniment dilaté ou l’espace s’était drastiquement contracté pour extrapoler mon confinement. Je ne sais pas, je n’ai aucun moyen de savoir.
Mes oreilles se sont anesthésiées pour ne pas à subir la torture du monde autour, avec ces petits bruits qui moquent mon mutisme. A qui parler ? Personne n’est autour de moi pour m’enlever ce bâillon que j’ai depuis ce jour-là, le jour où tout a changé. J’ai envie de hurler depuis des jours, ou bien des semaines. Je ne sais pas, je ne peux pas savoir.
Rien autour de moi ne semble vouloir m’aider. Je suis seule, muette, incapable et perdue. Qui peut me faire sortir de ce trou ? Où est donc cette solidarité humaine quand tu en as le plus besoin ? Mes pensées ne font qu’accentuer ma soif. Je me demande s’il y a de l’eau dans mon corps. Peut-être que je suis déjà morte et asséchée. Soif ! Il me faut de l’eau maintenant. Je n’en peux plus.
Les bruits reviennent. Il faut les taire mais ils s’amplifient et je crie. Au secours ! Je cours autour de ce monde à la recherche d’eau, de vie. A l’aide ! Je vais mourir ! Tant de monde, ils ne m’écoutent pas. Je hurle encore et encore mais je n’entends pas l’écho de ma voix. Je dois sortir d’ici, trouver de l’eau, de la vie. Dans ma course folle, je trébuche sur une masse. Avant d’avoir le temps de voir ce qui m’arrivait, je suis propulsée vers l’obscurité, le chemin qui m’est destiné, là où j’appartiens. Personne ne peut m’aider, j’ai dépassé l’horizon du trou noir et tout échappatoire est impossible. Je ferme les yeux en guise de résignation. Que les mystères de l’espace-temps absorbent tout mon être. Je m’endors paisiblement, sans crainte de l’inconnu et soudain, la lumière. Je suis de nouveau consciente, dans ma chambre. Ma chambre !
J’ouvre finalement les yeux, grognant un peu, juste pour vérifier que ma voix était bien là. En me retournant, je remarque la grande dimension de mon lit et me roule en boule sous la couette. Le froid me pénètre malgré tout, donc je me résous à me lever pour me préparer.
